|
Le but de cet article est de vous entretenir sur un sujet toujours délicat et souvent ennuyeux, parce que moralisateur et pompeux : la nécessité de reproduire les espèces d'oiseaux qui sont à ce jour encore importées, mais peu, voire très peu, élevées dans nos contrées éloignées de leurs pays d'origines.
En effet, les amateurs de becs droits peuvent encore trouver dans les animaleries et chez les importateurs nombre d'oiseaux d'importation, je ne citerai que quelques espèces pour ne pas être trop rébarbatif : les cordons bleus, les astrilds en général, mais aussi les capucins, les damiers, les cou-coupés, les paddas de Timor, et quelques océaniens comme le diamant des Bambous ou le diamant Quadricolore…
Les éleveurs qui viennent de se lancer dans l'élevage ne savent pas que ces espèces sont encore des oiseaux pour la plupart importés et qui, de ce fait, sont faciles à « changer » quand l'un des oiseaux s'est échappé ou a périclité. Ces cas arrivent souvent et de nombreux petits astrilds, tels des joues oranges ou des cendrés sont ainsi remplacés rapidement. Oui, pourquoi se poser des questions alors que nous pouvons nous procurer ces oiseaux facilement, sans doute presque autant que les grands classiques qui eux ne sont plus forcément encore importés aujourd'hui ?
D'abord, parce que ces animaux sont avant tout des êtres vivants et que par la même, nous n'avons pas le droit d'en faire n'importe quoi. Aussi notre devoir est d'abord de maintenir ces oiseaux le mieux possible. Or, un oiseau qui est détenu dans de bonnes conditions pour lui, ne tarde pas à se reproduire et à élever sa nichée, ce qui procure à ses éleveurs une joie intense et une récompense sans borne. Cependant, nous devons avouer que même si nous arrivons à les maintenir en vie, de nombreux oiseaux d'importation restent toute leur vie sans se reproduire et ce pour de nombreuses raisons, comme le manque de sécurité, une alimentation insuffisante pour mener à bien une nichée, ou tout simplement parce que les partenaires ne s'entendent pas. Ceci n'est pas exhaustif, et bien d'autres raisons pourraient être invoquées mais je ne les citerai pas (voir nos différentes rubriques informatives où de nombreux éléments de réponse sont proposés pour cette problématique).
Aussi pour qu'un seul couple se reproduise chez soi, il est indispensable de créer les conditions favorables pour tous les oiseaux maintenus, ceci afin d'inciter les plus hardis à procréer et à élever. Et encore, avec certaines espèces ont peut s'estimer heureux si un seul des couples reproduit au bout de quelques années ! C'est pour cette raison que nous devons privilégier les oiseaux d'élevage (et non d'importation) qui seront d'abord moins craintifs, mais surtout plus aptes par la suite à se reproduire. C'est vrai, me direz-vous mais alors quel rapport avec nos oiseaux que l'on a achetés il y a quelques semaines et qui sont issus d'importation ? Pourquoi ne pas laisser cette tâche ardue aux éleveurs les plus expérimentés ?
Le rapport devient vite évident lorsqu'on sait que les personnes qui arrivent à faire reproduire ces oiseaux sont peu nombreuses, par rapport au nombre de détentions et que les éleveurs les plus expérimentés sont très souvent peu intéressées par des oiseaux que l'on peut trouver dans toutes les animaleries, leur préférant la dernière mutation à la mode et le dernier oiseau de concours qui pourra entrer dans leur élevage. Si cette affirmation est quelque peu exagérée, elle n'en est pas moins vraie, et de ce fait il est du devoir de tous les détenteurs des espèces pré-citées de tenter de les faire reproduire. Certes ces espèces sont donc parfois difficiles à faire reproduire, mais il est accessible à tous de les détenir, à condition de leurs apporter de très bon soins (comme pour tout autre oiseau d'ailleurs !), et on peut alors avoir la bonne surprise d'avoir des naissances !
A ceci s'ajoute une autre raison : la rareté des oiseaux d'importation. En effet, parmi les espèces nommées, certaines dont les paddas de Timor et les océaniens, sont devenues de véritables raretés en importation et leur élevage reste quelque peu aléatoire. Conséquence directe : les oiseaux en élevage sont encore plus rares et les quelques rares éleveurs qui les élèvent avec succès sont trop peu nombreux pour maintenir à long terme des souches captives prolifiques. On peut donc imaginer le pire pour ces espèces en captivité. C'est un bien pour elles me direz-vous. C'est vrai et je vous l'accorde. Mais si un jour leur population à l'état sauvage se voyait menacée d'extinction ? C'est tout un patrimoine d'espèces qui se verrait détruit parce que nous n'aurions pas réussi à les élever avant de voir nos possibilités de le faire définitivement nulles. Que ce passerait-il pour l'astrild cendré si personne n'était capable de le faire reproduire et si on empêchait toute importation d'un tel oiseau ? Qui pourrait encore jouir du caractère enjoué et vif de ce petit oiseau si commun en ces temps ? Plus personne ! Ceci parce que les éleveurs expérimentés se seront penchés sur d'autres espèces et que les débutants se seraient déchargés de leur faute sur eux, alors que, seuls, ils la maintenait. C'est un peu fort trouvez-vous ? Certes, mais est ce vraiment faux ? Avez-vous visité beaucoup d'éleveurs d'exotiques qui élevaient des astrilds communs ?
Vous m'accorderez que deux principales thèses s'opposent ici pour soutenir ce point de vue : la première est, en fait que l'importation réduit le nombre d'oiseaux dans la nature, c'est vrai dans certains cas, ce n'est vrai que pour des oiseaux naturellement rares. La seconde thèse, c'est que l'élevage préserve les populations dans le sens biologique du terme, id est les espèces, sous-espèces et variétés. Bien entendu, là encore, ce n'est pas toujours le cas, mais il faut bien prendre en compte que c'est désormais un des objectifs de nombreux éleveurs. De ce fait il faut profiter des oiseaux déjà importés pour pouvoir faire le maximum, sans devoir en importer davantage.
Ne leur préfèrerait-on pas le diamant de Gould à la parure digne des arc-en ciel ? Le diamant mandarin pour sa faculté de reproduction ? Le canari pour son chant ?
Et qu'en est-il de ces oiseaux que vous élevez, vous ?
Vous ne les avez vus nulle part ? Alors c'est à vous de faire au mieux pour vos oiseaux et de les inciter à se reproduire avant qu'il n'en existe plus dans notre beau pays. Mon propos vous agace, vous ennuie ou encore ne sert à rien ? Certes, mais je dois conclure en vous disant que certains pays ont depuis quelques années fermé leurs portes et que déjà bien des espèces sont devenues rares en élevage : les pyrénestes ponceaux, certains zostérops, les astrilds caille qui ne sont plus importés que dans de rares cas, les Barbus bien plus grands, j'en passe et des meilleurs. De plus la réglementation floue de la France sur le sujet rend tout ceci très incertain pour nous, éleveurs et amoureux des oiseaux, alors nous devons faire ce qui est en notre pouvoir avant qu'il ne soit trop tard. Je sais que mon discours prend des allures tragiques et que mes propos sont passionnés. Mais sans aller jusque là, l'émotion que j'y met, j'ose l'espérer aura fini de vous convaincre.
Article réalisé pour Oisoxotic par François G.
|
|